GEOGRAPHIE DU SOUF

 Le Souf avant le dernier découpage administratif.                                 

Carte_du_Maghreb

 Si l’on jette un coup d’œil sur la carte du Maghreb, on constate que le Souf est situé au Sud- Est de l’Algérie, aux confins septentrionaux du Grand Erg Oriental, entre les 33° et 34° de latitude Nord, et les 6° et 8° de longitude Est, touchant les frontières tunisienne et libyenne.  Cette immense étendue sablonneuse se trouve, d’une part, à mi-chemin entre la mer méditerranée au Nord et la limite méridionale du Grand-Erg Oriental au Sud, d’autre part, à égales distances entre le golfe de Gabès à l’Est et l’Atlas Saharien à l’Ouest. Cette position lui vaut un climat chaud et sec, essentiellement propice à la culture du palmier, et un environnement particulièrement favorable au trafic caravanier. Ce double privilège est certes moins sensible aujourd’hui qu’autrefois, en raison de l’essor de  l’automobile qui a, en quelque sorte, raccourci les distances et accéléré la sédentarisation des pasteurs nomades ou semi-nomades. Les environs immédiats du Souf sont : les chotts El-Djerid (région de Tozeur) à l’Est, les chott Melghir et Merouane au Nord (région de Biskra),  l’Oued-Righ (région de Touggourt) à l’Ouest, et l’Erg Oriental au Sud. D’une superficie de 80.000 km2, le Souf forme un massif dunaire qui s’étirent  de 650 km de la frontière libyenne (Ghadamès) jusqu’aux limites voisines des Sebkhas du Nord, avec une largeur d’environ 160 km.L'altitude moyenne du Souf est de 80 m, alors que celle des Chotts du Nord, elle descend jusqu'à moins de 35 m du niveau de la mer. Dans la partie nord du Souf, le Grand Erg Oriental s’abaisse et perd de massivité avec la disparition des dunes qui cèdent la place à des plateaux argileux et calcaires couverts d’une maigre végétation qui se prolongent jusqu’aux chotts arides et dénudés. Cette dernière portion du désert, pauvrement broussailleuse, devient un excellent pâturage après de bonnes pluies.

                                                                                                                                                                   Chott Melghrir

Chott_Melghir

                                                                                                   

Formation :

 A toutes les grandes périodes de l’histoire de la terre, il s’est passé dans cette écorégion nord-saharienne d’importants phénomènes géologiques. Des bouleversements ont affecté la région jusqu’à une époque récente. Et les matériaux organiques fossilisés (végétaux, ossements et coquillages pétrifiés) trouvés sous les couches de sables prouvent suffisamment leur provenance d’une flore abondante due à un climat très favorable. Et puis de nouveau, les vents et cours d'eau engendrèrent une érosion qui produisirent la sédimentation sableuse sur de larges espaces. Depuis que le climat s’est progressivement asséché, les agents d’érosion actuels sont la désagrégation mécanique des roches, due principalement aux variations brusques de la température.


Le mythe d’une mer intérieure

 

   Une mer intérieure aurait existé sur l’emplacement actuel du Grand Erg-oriental et des Chotts situés dans sa partie septentrionale, appelée communément ‘’Lac de Triton ‘’ par les navigateurs et historiens grecs de l’Antiquité (Hérodote, Ptolémée…). En effet, il semblerait que les nappes aquifères sous-jacentes du Souf et les chotts situés au Nord de celui-ci seraient les vestiges de cette mer qui aurait disparu à la suite de changements climatiques importants survenus dans la région.


   Toutefois, l’eau des chotts n’est pas due à la pluviométrie, elle provient des nappes souterraines peu profondes. En outre, deux nappes profondes sont enfouies dans les couches géologiques (correspondant au Crétacé inférieur, au Miocène et au Pliocène) à des profondeurs variant entre 300 m et 2500 m. En étudiant le nivellement et la juxtaposition des chotts le commandant Roudaire avait proposé à la fin du XIXe siècle d’inonder ces derniers par de l’eau de mer en perçant le golf de Gabès pour restaurer ainsi la mer intérieure « perdue ». C’est le fameux canal qui, après avoir ouvert le barrage naturel de Gabès (ou celui de l'oued Melah plus au nord), traverserait le Chott El-Djérid et franchirait le seuil de Biskra. Le projet fut abandonné en 1882 pour des raisons financières mais aussi techniques. Cette aventure inspira Jules Verne dont le livre "L'Invasion de la mer" constitue le dernier manuscrit qu'il ait retravaillé avant sa mort en 1905.

 

 

Dunes

 Vue aérienne du Souf

Vue_a_rienne_du_Souf__photo_ancienne_Relief :                                                              Grand Erg Oriental        Erg_Oriental

  Le relief du Souf, très simple dans sa disposition générale, est caractérisé par les massifs dunaires où prédominent les formes douces. Celles-ci, dont certaines atteignent par endroit 100 m de hauteur, forment des collines de sable en forme de cratères où subsistent, selon la direction des vents dominants, des couloirs propices à la circulation. La couverture végétale du Souf est l’œuvre artificielle de ses habitants. Les palmeraies sont enfouies dans d‘énormes entonnoirs, faits de mains d’homme, au fond desquels s’épanouissent les palmiers-dattiers dont les  racines s’alimentent directement à la nappe phréatique; l’irrigation est inutile.

Vue aérienne des palmeraies du Souf

Vue_a_rienne_de_palmeraies__photo_ancienne_

Climat :

 L’aridité et la chaleur sont ses caractères essentiels. Les vents, par l’évaporation qu’ils provoquent, ajoutent à son aridité. Leurs régularités sont souvent contrariées. L’agitation de l’air est souvent provoquée, localement, par les contrastes de températures, qu’aucune humidité n’atténue.

 Les mois d’été sont très chauds, et les températures atteignent 49° à l’ombre et plus de 50° les jours de sirocco (Chihili). La couche superficielle du sable frôle les 60°, mais la température diminue notablement avec la profondeur, ce qui permet à quelques animaux fouisseurs de survivre (reptiles, rongeurs…). Les variations diurnes sont considérables et, en peu d’instants, la température chute à la nuit tombante d’une vingtaine de degrés.

  En revanche, l’hiver est relativement froid tandis que le gel n’est pas rare ; et parfois la température peut descendre au dessous de 0°, notamment la nuit.

 Cependant la température moyenne annuelle, avoisinant les 25°, reste parmi les plus élevées de la région.

 

   Précipitations :

 Elles sont caractérisées par leur rareté et leur extrême variabilité, de 50 à 100 mm, avec une moyenne annuelle de 80 mm (maxima:160 mm ; minima:20 mm). Il peut arriver qu'elles soient violentes et ravageuses et tombent parfois en une seule averse torrentielle.

Les vents :

 Les vents les plus violents soufflent jusqu’à 80 km/h et sont fréquents surtout durant la période de mars à juin. Quand le vent de sable (simoun) se déchaîne, en quelques minutes le paysage devient méconnaissable.Ancienne_carte__Michelin__du_Souf


Citation d’Antoine de Saint-Exupéry :

" J'ai toujours aimé le désert. On s'assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence..."


Le Souf, espace de vie:


La population du Souf est concentrée sur le front septentrional de l’Erg Oriental, où les oasis offrent à la vie sédentaire des points d’eau, des palmeraies et des  jardins. A  la lisière des palmeraies se dressent des villages construits avec les matériaux du bord extraits sur place (plâtre et pierres). Les procédés d’irrigation n’en sont pas moins originaux, les Ghout sont creusés en forme d’entonnoirs au fond desquels les palmiers s’alimentent directement à la nappe phréatique, tandis que les jardins potagers, séparés des palmeraies et plantés à même le sol, sont irrigués par des puits à balancier. Les palmiers produisent des dattes d’excellente qualité grâce à la fumure obtenue par l’engrais animal acheté aux nomades et  composé de crottes de chameaux (Jalla). Le palmier-dattier et le dromadaire sont la base de vie des nomades et des sédentaires du Souf  traditionnel. Le palmier, providence des oasis, fournit nourriture, textile et bois d’œuvre. Le dromadaire surnommé le « vaisseau » du désert, fournit vêtements, lait, viande et cuir.

 La ville d’EL-Oued : (Avant l’indépendance)

    A l’intérieur, la ville est divisée en quartiers dominés par les coupoles et les minarets des mosquées. Elle resserre ses ruelles et ses impasses tortueuses entre des maisons sans fenêtres mais dont l’intérieur est grand-ouvert à la lumière. L’activité de ses habitants se concentre surtout sur la place du marché (Souk) où commerçants et artisans attirent une foule de clients et de badauds. Les citadins, commerçants, artisans ou bourgeois possèdent des palmeraies qu’ils font exploiter par des Khamès (métayers qui reçoivent le cinquième de la récolte). Au cœur des principaux quartiers sont établis les palais des Caïds attenants à leurs résidences.

 La vieille ville d’El-Oued a été rénovée par des travaux d’embellissement qui, tout en s’inspirant de l’architecture traditionnelle, ont amélioré le cadre original de la cité, suscitant ainsi l'admiration des visiteurs. Même les édifices officiels et les nouveaux quartiers résidentiels européens ont été bâtis conformément au style local, surmontés, comme les maisons et les mosquées, de dômes hémisphériques ou de coupoles demi-cylindriques. L’intérêt de construire avec des coupoles ne répond pas seulement à des considérations d’ordre esthétique. La nécessité de protéger l’intérieur des habitations des chaleurs torrides de l’été en est la principale raison. La construction dans le Souf est une entreprise aisée. Les gisements de plâtre et de pierre sont abondants dans la région et exploités à ciel ouvert; la main d’œuvre locale est bon marché et les travaux sont effectués sans coffrage et sans bois de charpente.


Les composantes de la population du Souf avant l'indépendance

 Les Souafas


Les tribus : Les deux principaux noyaux sont les Achèches et les Messaâbas, présumés descendants des nomades Ouled Adouane et Troud. 

Les Achèches comprennent : les Ouled Djamaâ, les Ouled Ahmed et les Ferdjanes auxquels se sont ajoutés les Rebaïa et les Guéttatias qui ne sont pas d’origine Troud mais qui, comme eux, sont venus de la Tripolitaine.

 Les Messaabas comprennent les Chebabtas ou Daharas et les Azezlas auxquels se sont joints les Chaâmbas, les Ouled Amrane et les Ouled Ghédeîr.


Les noirs

    Une petite communauté noire d’origine esclave vit depuis des siècles dans le Souf. Bien qu’il a été aboli par la colonisation, l’esclavage a continué à subsister dans le Souf sous des formes atténuées jusqu’à la première guerre mondiale. Aux débuts du XXe siècle, certains vieillards  noirs se rappelaient encore de la façon dont ils ont été capturés par les Touaregs au Soudan, avant d’être acheminés vers Ghadamès où ils ont été vendus et conduits par des caravanes vers les Oasis du Nord.


    Initialement groupés dans un quartier situé au Sud de la ville d’El-Oued, ils se sont assez récemment éparpillés un peu partout dans les villages, y constituant une partie du prolétariat et devenant des personnages familiers de leur paysage culturel. Les noirs du Souf se considèrent toutefois comme souafas, puisqu’ils sont linguistiquement et culturellement assimilés et les rapports quotidiens entre les deux ethnies ont été toujours relativement sympathiques. A l’occasion de leur fête annuelle de « Baba Marzoug », tous les noirs se rassemblent pour redécouvrir leur culture d’origine en dansant et en chantant avec le dialecte et l’accent de leurs ancêtres.


Les juifs

  Le quartier juif était situé au centre ville d’El-Oued à proximité de la grande mosquée de Sidi Messaoud, non loin de la place du marché, enserré étroitement dans les quartiers musulmans. Les juifs, établis de longue date dans le Souf, vivaient de l’artisanat (bijouterie traditionnelle). Ils avaient maintenu leur individualisme mais entretenaient de bonnes relations avec les musulmans. Ils s’habillaient et se nourrissaient comme eux et parlaient un dialecte arabe mêlé d' un accent berbère.

Caractéristiques des juifs du Souf:

A l’arrivée des Français, la communauté juive du Souf était composée de 80 à 100 ménages éparpillés entre El-Oued, Guémar et Tarzout. Leur nombre atteint 427 individus en 1948 et se réduira à 100 en 1960. En 1962, ils quitteront définitivement le pays pour s'établir en France ou en Israël Vivant en bon voisinages avec les musulmans, ils ne se distinguaient de ces derniers que par leur attachement au Judaïsme. En majorité pauvres, et originaires du Maroc, (de Touat, d’où le nom de « Touati » qu’ils portent), leur francisation fut très lente et, en dépit du Décret Crémieux tendant à les favoriser, ils préférèrent conserver leur héritage arabo-berbère (langue, coutumes) et leur judéité première afin de ne pas troubler une cohabitation plusieurs fois centenaire avec leurs voisins musulmans. Du reste, aux yeux de ceux-ci, l’Islam est, très simplement, une fraternité d’hommes qui se soumettent à la volonté de Dieu telle qu’elle est révélée dans le Coran ; cette dernière révélation modifie et confirme celles contenues dans l’Ancien et le Nouveau Testament car Allah n’est autre que le Dieu unique des Juifs et des Chrétiens, qui sont comme les Musulmans, des « Fils du Livre » c’est-à-dire de la Bible.

Les européens

  Formant un bloc à part, les européens installèrent leurs quartiers à proximité du Bord Administratif (L’Annexe), gagnant en extension au Sud et à l’Ouest de celui-ci, et concentrés autour des  établissements scolaires,  séparés des quartiers musulmans. Hormis trois hommes d'affaires (Robuski dans le commerce et l'hôtelerie, Doglione dans le transport, Bao dans l'exportation des dattes) ou de quelques officiers militaires, la grande majorité des européens du Souf étaient constituée par les membres du corps enseignant ou de l'assistance médicale.Leur nombre total était de 450 individus en 1960.


Evolution démographique du Souf


   Aucun recensement n’a été fait avant l’arrivée des troupes françaises. Les estimations et les recensements ultérieurs faits par les autorités coloniales sont les suivants:


   20 000 h en 1870 - 33 000 h en 1900 - 68 000 h en 1930 - 85 000 h en 1950


- 100 000 h en 1960. Après l’indépendance, la démographie du Souf explosera et atteindra plus de 600.000 h en l’an 2000.

   En un siècle, la population musulmane a donc augmenté notablement en se multipliant par cinq, en raison :

   - d’une part, de la baisse de la mortalité due aux progrès de l'hygiène apportée par les Français. La vaccination et l'assistance médicale ont permis de protéger particulièrement les plus jeunes (la mortalité infantile est tombée de 60 %), et surtout de prolonger la vie des adultes (l'âge moyen est de 65 ans dans les années 50) ;

  - d’autre part, de l’accroissement de la natalité du essentiellement aux nouvelles conditions d’habitat et de nutrition. La taille de chaque famille s’était ainsi considérablement agrandie et on n'est pas loin de la multiplication par dix de la population dans le prochain demi-siècle. Cette explosion démographique est généralement génératrice de pauvreté et de fragilité économique, les structures économiques n’ayant  pas le temps de s’adapter au rythme de croissance de la population et les conséquences sur le milieu naturel n’en sont pas moins néfastes.

   Par ailleurs, les caravanes commerciales avaient peu à peu disparu avec le développement de l’automobile. Les parcours et l’élevage nomade ont diminué, les nomades pasteurs eux-mêmes, étaient en voie de sédentarisation, évolution profondément contraire à leur psychologie traditionnelle. Le XXe siècle a vu le déclin progressif du nomadisme au profit de la sédentarisation définitive, la colonisation ayant contribué à la modification du genre de vie des nomades. Celle-ci a ébranlé les liens très forts qui enserraient l'individu à sa famille et à son groupe. En effet, le service militaire, les chantiers de travaux publics, les nouveaux débouchés de l'industrie pétrolière et un début de poussée urbaine avaient éloigné les hommes de leur milieu traditionnel.


   Un autre facteur de l'accroissement rapide de la population est l'urbanisation progressive. Le nombre de citadins a fortement augmenté au dépens des cultivateurs traditionnels et des nomades.


  L'exode rural, la sédentarisation accélérée des pasteurs nomades et le gonflement rapide de la population surtout urbaine sont tels que l'émigration est devenue nécessaire. Ainsi, à une immigration professionnelle des Européens (convertie en coopération technique après l'indépendance), s'oppose une émigration économique  des autochtones vers le Nord du pays pour y créer un petit commerce ou même vers la France pour y travailler comme salariés. Aussi, la seule source de revenus supplémentaires d'un bon nombre de familles réside dans les envois de fonds effectués par leurs fils émigrés en France qui expédient chez eux une bonne partie de leur salaire, et touchent de plus des allocations familiales conséquentes. Enfin, les Souafas ont  commencé, par petits bonds, à ouvrir des boutiques dans les grandes villes du Tell (Constantine, Annaba, Alger); mais ils doivent faire face à la rude concurrence de leurs prédécesseurs et voisins Mozabites qui ont connu un succès tout particulier dans le commerce de l'alimentation. Et contrairement à ces derniers dont l'émigration est quasi exclusivement masculine, les Souafas finissent souvent par amener leurs familles pour s'y installer définitivement.