MeharisLa conquête

   Sous les prétextes  que des chefs rebelles, Cherif Med Ben Abdallah de Ouargla et Cheikh Selman de Touggourt, se réfugièrent dans le Souf après la chute de leurs ksours, et que les Souafas leur avaient prêté main forte dans leur résistance contre les troupes françaises, le colonel Desvaux (commandant de la subdivision de Batna) lança en décembre 1854 une expédition qui a pour mission la soumission et l’occupation de l’oasis du Souf. Trois colonnes sous les ordres de Desvaux, en provenance de Batna, de Bou Saada et de Laghouat se dirigèrent vers le Souf. Arrivées à hauteur du village de Taghzout le 13 décembre 1854, une délégation de notables du Souf est venue les rencontrer pour leur présenter une demande d'"Aman" (indulgence). Quelques jours plus tard, le colonel Desvaux fit proclamer Caïd du Souf et de Touggourt le notable et Cheikh Si Ali Bey Ben Ferhat. La cérémonie d’investiture se déroula devant les troupes et la population, le nouveau Caïd ayant été habillé par Desvaux du burnous d’ « honneur ». Après le départ de Desvaux, le Cheikh tenta d’organiser une résistance en 1861, mais il fut immédiatement arrêté et interné à Bône (Annaba). En 1870, il réussit à s’enfuir et se rendit à Tripoli où il décéda 1876.

 Comme partout en Algérie, l’arrivée des premières troupes françaises dans le Souf fut ressentie par les notables et la population comme une nouvelle croisade contre leur religion et leur pays. Elle déclencha des reflexes de défense sans grande efficacité face à la puissante offensive de l’armée coloniale

 

 Une annexe fut créée à Touggourt et le Caïdat du Souf qui en dépendait fut confié en 1872 au lieutenant Larbi Mamelouk, un italien converti à l’Islam. Ce dernier, parlant l'arabe et vivant à la manière d'un Caïd traditionnel était entouré de respect et d'égards de la part de la sociéré musulmane avec laquelle il s'est familiarisé. Mais une année plus tard, il fut assassiné par une bande de pillards nomades sur la piste de Biskra où il se rendait avec une escorte de 12 cavaliers.

    Commandant supérieur du cercle de Touggourt, Cauvet notait dans ses mémoires sur le Souf, : « …en 1882, une colonne de surveillance s’installa à Débila où elle occupa un poste optique qui communiquait avec Négrine. Elle y bâtit un petit Bordj gardé par une faible garnison jusqu’en 1887. Cette garnison vint s’installer à El-Oued le 31 mai 1887 à la suite de la création de l’annexe d’El-Oued par arrêté gouvernementale du 17 janvier 1885. Dés la première colonne de 1881, le Lieutenant Deporter, du Bureau Arabe de Biskra, avait été détaché au Souf. Passé sur sa demande au service de renseignements en Tunisie, il fut remplacé par le Lieutenant Schérer qui fut le premier chef de poste à El-Oued. Son successeur, le Capitane Janin, qui fut le premier chef d’annexe d’El-Oued, fut remplacé par le capitaine Abel Farges qui ramena la petite troupe de Débila dans les locaux préparés pour elle à El-Oued, à côté des bâtiments des affaires indigènes ».

 

 Lors de l'attaque d'une petite garnison à Débila en 1906, les troupes françaises perdirent neuf des leurs. Les soldats tués ont été enterrés  sur les lieux du drame dans un cimetière actuellement en ruines à l’Est du  village. C’est le dernier incident majeur survenu dans le Souf jusqu’au déclenchement de la guerre de libération, le 1er novembre 1954.

  A la fin de la première guerre mondiale, Cheikh El-Hachemi tenta de soulever le Souf contre les autorités françaises, mais sans succès. Une nuit la prison d’El-Oued fut ouverte. Dans la caserne, les goums se mutinèrent et le bordj administratif fut assiégé. Cheikh El-Hachemi fut arrêté et fait prisonnier avec ses partisans.

 

 En 1900, Guémar était dirigé par un vieux Cheikh illettré mais dont l’habileté et la sagesse ont fait décider les autorités françaises de le promouvoir au grade de  Caïd du bled. Après sa mort, Khelifa Hadj Mohamed lui succéda au même siège.

                                                  


L’épisode de l'Expédition de Touggourt et d’El-Oued relaté par le Général du Barail (dans ses mémoires Tome II,pp.146.151)

« Cette campagne de l'hiver 1854 fur menée par le Colonel Desvaux.

"La colonne qu'il venait de réunir à Biskra comprenait 650 hommes du 68e de ligne et du 3e de tirailleurs ; 600 chevaux du 3e de chasseurs d'Afrique et du 3e de Spahis ; 1,400 fantassins et 1,000 cavaliers arabes, et une section d'artillerie de deux obusiers de montagne. Arrivé à Mraïer, il lança en avant une avant-garde, composée de deux escadrons de spahis, d'une compagnie de tirailleurs, des cavaliers du goum et d'un détachement de fantassins arabes, et commande par un chef d'escadrons de son régiment, le commandant Marmier, qui poussa jusqu'à l'oasis de Meggarine, située à quelques lieues de Touggourt, où il apprit que les deux chefs rebelles étaient allés soulever les populations du Souf. Le commandant Marmier se mit à leur poursuite. Mais il fut bientôt informé que ses adversaires étaient solidement postés à une oasis appelée Taïbet-el-Guéblia, et lui barraient la route. Comme cette oasis est entourée d'une zone de sable de trois lieues de large, sur laquelle la cavalerie ne peut combattre, le commandant Marmier, qui ne comptait pas beaucoup sur son infanterie arabe, rebroussa chemin, et, le 28 novembre, il revenait coucher près de Meggarine, à un endroit nommé Bou-Beghis. Il était là, dans une excellents position défensive, appuyée sur des jardins de palmiers entourés de murs, ayant devant lui la plaine nue. Mais sa retraite avait enhardi l'ennemi, et, le 29novembre au matin, 500 cavaliers et 2,000 fantassins arabes, dirigés par le chérif et par Si-Selman en personne, s'avançaient hardiment pour le surprendre. La lutte allait avoir lieu entre arabes, puisque le commandant n'avait en main près que des forces indigènes. Mais ces forces étaient encadrées par des Français et disciplinées à l'européenne. Le plan d'attaque était d'ailleurs assez bien conçu. Il consistait à aborder le camp par la plaine avec la cavalerie et à le prendre à revers, au moyen des fantassins qui filaient le long des lignes de palmiers étendues de Touggourt à Meggarine, avec l'espoir de s'emparer de ce dernier village. On croyait si peu à tant d'audace que les tirailleurs avaient démonté leurs fusils pour les nettoyer. Mais ils étaient commandés par un vieux capitaine nommé Vindrios, que rien ne troublait et qui, à la vue des Arabes en marche, au lieu d'affoler ses hommes par des commandements précipités, leur répétait lentement : "Mes enfants, ne vous pressez pas ; vous avez plus de temps qu'il ne vous en faut."
La cavalerie était montée à cheval par alerte, au premier signal, afin de retarder l'attaque, pour donner à l'infanterie le temps de se mettre en défense. Les goums chargèrent les premiers, et ils furent ramenés. Derrière eux, les deux escadrons de spahis, commandés par les capitaines de Courtivron et Clavel, partirent en quatre échelons. Les deux premiers échelons échouèrent, mais le troisième parvint à enfoncer la ligne ennemie. A ce moment les hommes du capitaine Vindrios avaient remonté leurs armes, et, intelligemment postés derrière les murs des jardins, ils accueillirent à coups de fusil l'infanterie arabe qui les assaillait.
L'affaire fut chaude. Au premier rang des combattants se distingua, du côté des Arabes, un Mokadem (chef religieux) qui se fit tuer sur place plutôt que de reculer d'une semelle. Cependant, l'ennemi ne tint pas. Quand il le vit ébranlé, le commandant Marmier ramena toute sa cavalerie à la charge derrière l'escadron du capitaine de Courtivron. Ce fut une déroute. Les Arabes laissèrent sur le terrain 500 morts et quantité d'armes qui, avec cinq étendards, furent les trophées de la journée. Le 1er décembre, à dix heures du soir, le chérif et Si-Selman, qui s'étaient réfugiés à Touggourt, s'échappaient de la ville où le lieutenant Roze, de la légion étrangère, Prussien d'origine, entrait le lendemain matin, à la première heure, bientôt suivi par le commandant Marmier, les spahis et les tirailleurs. Le 5, le gros de la colonne Desvaux arriva en même temps que le commandant Pein, avec la colonne de Bou-Saâda. Enfin le 7, j'arrivai moi-même avec ma colonne, qui passa immédiatement sous les ordres du colonel.
Il m'accueillit avec une joie sans mélange, car je ne lui apportait pas seulement les approvisionnements relativement considérables, véhiculés par mon convoi de chameaux ; je lui procurais, en outre, un appoint de forces indispensable pour qu'il pût continuer dans le Souf  les opérations jugées nécessaires. Il venait de recevoir l'ordre de faire rétrograder toute son infanterie, réclamée par les régiments en partance pour la Crimée.
(...)
Au Souf, où nous arrivâmes le surlendemain, le spectacle change. Le pays est sain, mais désolé.(...) Nous ne restâmes dans le Souf que le temps de recevoir la soumission des cinq villages et d'asseoir notre autorité, en organisant les pouvoirs publics. »