Les raisons présumées de la rébellion des Chefs locaux(Caïds)



Dans leurs rapports, les officiers des Bureaux Arabes  de Biskra attirèrent l’attention sur les inconvénients qui résultèrent de la mainmise des autorités coloniales sur les systèmes d’irrigation ainsi que sur la détérioration des pouvoirs des Chefs locaux ( Agha, Bachaghas et Caids) à la suite de la création de postes de Juge de Paix :

 

   Ben_Ganah__Bach_Agha_des_Zibans« Nos enquêtes menées sur le fonctionnement social des systèmes d’irrigation démontrent que la préoccupation majeure des tribus est la préservation des seguias et leur rôle coutumier dans l’espace traditionnel oasisien. Elles sont sources de vie… »

   « En supprimant les droits préexistants des saguias, la constitution coloniale viole leurs privilèges ancestraux, leur homogénéité. C’est tout le système d’irrigation qui est mis en cause. On le déstructure. Il nous semble important de dire que la première étape de division des groupes tribaux oasisiens a été de supprimer leurs liens. Il fut pénible pour les tribus d’accepter une telle humiliation. D’autant que l’humiliation était destinée aux chefs coutumiers des djemââs qui avaient pour fonction d’organiser le système de régulation des eaux. »

   Ca_d_Bou_Aziz_fils_Ben_Gana« Ces mêmes problématiques sont rencontrés dans d’autres régions où le processus de désertification et de réduction des eaux potables est flagrant. La gouvernance de l’eau dans les périmètres irrigués est importante comme développement majeur dans les pays du Sud où subsistent encore des pratiques de hiérarchie de l’utilisation de l’eau. »

   « Dans cette nouvelle création de poste de Juge de Paix, on supprime les compétences de la djemââ, chargée en principe d’organiser les règles de la distribution des eaux. A l’insu de l’organisation sociale, les délits relatifs aux irrigations doivent être réprimés par le Juge de Paix. Le contrôle des ressources en eau devait servir, en premier lieu aux garnisons, en second lieu aux plantations des garnisons et en dernier lieu aux jardins publics ».


    Ca_d_vers_1905« Par cet aspect des choses, les tribus ne peuvent pas suivre le commandement nouvellement constitué par le bureau arabe de Biskra : placée sous les ordres des Ben Ganahs (protégés par la France coloniale par leur affection au grade supérieur), elles ne peuvent être dirigées comme simples administrées et ennemies des tribus sahariennes rebelles.


   Bien au contraire, leurs voix guerrières et leur rôle religieux les conduit à combattre pour l’unification des tribus sahariennes contre l’ennemi et l’oppresseur étranger (le colon). Sa vocation politico-religieuse ne peut servir d’élite guerrière au service du renseignement colonial (Bureau Arabe). Celui-ci est considéré par la tribu comme l’ennemi qui porte atteinte à la liberté et aux alliances ancestrales sahariennes. »