A/ L’EDUCATION

 

 Avant la colonisation française, seules les zaouias ou les mosquées dispensaient une éducation purement religieuse (écoles coraniques). A l’époque, et jusqu’aux années 40, l’apprentissage par cœur du Coran par un élève constituait un évènement important pour la famille qui fêtait l’admission de son fils au rang de « Hafedh Al-Koran »,  après que celui-ci ait récité versets après versets l'intégralité du Coran devant le Taleb (Imam). Par contre, les filles en sont totalement exclues.

 

 Mais cet enseignement d’apparence austère et monotone est interrompu chaque année par une manifestation culturelle qui dure une quinzaine de jours avant la fête de l’Aïd El-Kébir,  par un concours de calligraphie « Khat Al-Aïd » et de dessins géométriques richement colorés. A cette occasion, les élèves s’y adonnent à cœur de joie et les plus doués y trouvent toute la liberté d’exprimer leur talent artistique. Les motifs tolérés se rapportent essentiellement à l’architecture des mosquées et de leurs minarets. L’Islam interdisant toute reproduction de la création, certains osent, sans craindre d’être blâmés, y ajouter des plantes, des papillons ou des oiseaux.

 


DURANT LA COLONISATION:

 Malgré l’extrême dispersion de la population, les efforts des autorités françaises ont porté principalement sur l’enseignement primaire et presque chaque village a été pourvu d’une  école. Entre temps, les moyens de communication se sont développés. Des routes carrossables ont été crées et des lignes téléphoniques établies.

 

  Bien-que les réalisations étaient insuffisantes au début, face au rythme démographique galopant, un fait était néanmoins acquis : la France a suscité au sein de la majorité de la population l’intérêt et le désir de s’instruire. Partout, les écoles sont sollicitées, et le nombre des enfants scolarisés ne cessait d’augmenter. En outre, la scolarisation des filles a cessé de demeurer un tabou. Même les adultes illettrés se pressaient aux cours du soir. L’enseignement du Français jouissait de la faveur générale et aux rentrées d’octobre, les parents se bousculaient devant les écoles (de garçons ou filles) pour y faire admettre leurs enfants.

 

   La première école (Ecole du Centre) a été ouverte à El-Oued en 1884 avec quatre classes et trois logements. Celle de Kouinine en 1884 (Une classe et un logement). Celle de Guémar en 1903 (Trois classes et trois logements). Quant à la première école de filles, elle a été créée à Guémar en 1948 (Deux classes), suivie une année plus tard par celle d'El-Oued (Une classe).

 

  En 1959, le Souf comptait vingt deux écoles composées de 80 classes rassemblant plus de deux mille écoliers et écolières.

 

  En 1960, l’enseignement primaire comptait environ 3500 élèves dont 600 filles repartis dans 90 classes. Le nombre d’élèves atteint 4000 en 1961 repartis dans 105 classes encadrés par 116 instituteurs. Une inspection primaire a ouvert ses portes en 1960 à El-Oued.

   Le CEG (Cours d'Enseignement Général) d'El-Oued construit en 1955, était composé de quatre classes d'une capacité de 100 élèves garçons et filles, et permettait à ces derniers de se présenter au BEG. Il fut renforcé en 1957 d'un internat pouvant accueillir 50 pensionnaires.

 

  En plus de l’enseignement primaire et général, la formation scolaire donnée aux élèves est aussi d’ordre pratique. Un CET (Centre d’Enseignement Technique) comprenant six sections : électricité – plomberie – mécanique- menuiserie - tapisserie – maçonnerie et un CEC (Cours d’Enseignement Commercial), existe depuis 1947 à El-Oued. Ainsi, des ouvriers spécialisés ont été formés pour exécuter des travaux  dont l’économie locale a grandement besoin.

   Par ailleurs, les Soeurs blanches donnaient une instruction pratique à une centaine de jeunes filles d'El-Oued dans un Centre de Formation Artisanale créé en 1942.

 

  C’est sans doute dans son œuvre de scolarisation que la France a vraiment rempli une mission éducatrice à l’égard des populations locales. Et cette œuvre parmi d’autres qui ont doté la région d’une structure moderne ne pourrait qu’inspirer un sentiment de fierté général.

 

   Le corps enseignant était composé en majorité d’instituteurs ou de professeurs Français, auxquels s’ajoutèrent des éléments musulmans originaires du Souf ou venus des oasis environnantes (Biskra, Touggourt).

  Chaque année, les enseignants français, ainsi que leurs familles, se rendaient en France pendant les vacances d’été et parfois à l’occasion de Noël ou de Pâques. Certains ont passé le plus gros de leur carrière, ou même la totalité de leur carrière, dans le Souf. Ils ont accompli leur mission dans des conditions souvent difficiles avec courage et une sincère abnégation. D'autres ont travaillé dans des localités éloignées et déshéritées supportant les plus dures privations, en l’absence de toute commodité, sans électricité ni eau courante, les moyens de communication étant très limités à l’époque. Comme en témoigne cette institutrice (âgée pourtant) qui se déplaçait à travers les dunes à dos de chameau pour aller apprendre à lire et à écrire aux enfants qui habitaient les zones isolées. Malgré ces obstacles, ces « expatriés » venus d’un pays moderne et industrialisé ont fait preuve d’une modestie étonnante et d’un désintéressement total pour mener à bien leur noble tâche auprès de ceux auxquels ils avaient le devoir de diffuser  l’instruction élémentaire.


    Quelques noms de ces éducateurs nous rappellent au moins l’époque de notre enfance que nous considérons très heureuse:

 Mr Cauchois Paul , Mr Catala Gérard et Mme, Melles Canteloup Jeannette et Paoli Marie-Rose,

  Mr Blondel Max et Mme, Mr Boulanger Pierre , Mr Branciard François , Mr Brustel Roger ,

 Mr Jammy pierre, Mr Junjaud Roger , Mr Lannes pierre , Mr Boucrot Jacques , Mr Blay René , Mr Jacques Gohier (Guémar).

 Mr Paquiez René, Mr Voisin Jacques , Mr Voisin André , Mr Willefert Louis.

   Monsieur Voisin André-Roger, Instituteur à El-Oued de 1959 à 1964, a écrit et fait publier un  ouvrage illustré de photos et de croquis sur le Souf, intitulé : « LE SOUF -  monographie- ».

 

NB: Amicale des Soufis

Il existe en France une association baptisée "Amicale des Soufis" dont les adhérents sont en grande partie des enseignants français de toute catégorie qui  ont exercé leur profession dans la région du Souf depuis les années cinquante jusqu'en 1970. Elle publie régulièrement un bulletin de liaison trimestriel dans le but de resserer leurs liens et de faciliter l'échange d'informations. Son président est Ronald GIVELET,  son secrétaire général est Mr André VOISIN,la vice présidente: Mme Yveth BESSOULE et Mr BESSOULE Jean Claude comme secrétaire adjoint.