Les premiers voyages de reconnaissance:

 L’histoire du Souf pendant la période coloniale est liée à celle de l’Algérie en général, et à celle du Sahara en particulier. Les circonstances dans lesquelles s’est opérée la conquête française de l'Algérie sont trop connues pour être rappelée ici. Aussi, contentons-nous de ne citer simplement que les évènements se rapportant à la région du Souf et des oasis avoisinantes.

 Cible des prétentions coloniales de la France à partir des années 1880, le Sahara est devenu  possession française en 1884, faisant partie intégrante de l’AOF. Les expéditions visant plus spécialement le Sahara se sont organisées  naturellement en Algérie. Tout d'abord, les Français avancèrent vers le Sud la ligne des postes du Sahara d'Algérie, qui, de l'Est à l'Ouest, étaient : El-Oued, dans le Souf; Biskra, dans les Ziban; Touggourt, dans l'Oued-Rir; Ghardaïa, dans le pays des Béni-Mzab; Ouargla, dans la dépression où s'unissent les bas-fonds de l'oued Mia et de la chebka du Mzab.

 La politique d'expansion menée ainsi par la France au Sahara à cette époque est d'ordre stratégique : d’une part, elle vise à damer le pion aux autres puissances en occupant le terrain ;  et d’autre part, à exploiter les ressources potentielles du pays conquis. Par ailleurs, cette vaste zone de sable (Erg) et de roches volcaniques (Hoggar) excitait alors la curiosité de nombreux voyageurs étrangers et français.

Duveyrier___ConvertedA partir de janvier 1860, Henri Duveyrier est officiellement chargé de recueillir des renseignements pour des ministères : Intérieur, Agriculture, Colonies, Algérie, Commerce et Travaux Publics. L'un de ces ministères lui demande même d'étudier les possibilités d'élevage du ver à soie ainsi que la culture du coton dans l'Oued Righ.  Ce voyage a en outre trois objectifs : 1- recueillir sur le Sahara des données géographiques, 2- ouvrir des relations politiques et commerciales avec les populations, 3- préparer l'exploration des régions voisines du Soudan. Parti de Biskra le 4 février 1860, Duveyrier va à El-Oued, à Ouargla et à Touggourt,  il se lance alors sur la piste de Ghadamès à 450 kilomètres d'El-Oued.

 Parallèlement, une mission française quitte Alger en septembre 1862, et arrive à Tripoli le 28, pour en repartir le 4 octobre et gagner Ghadamès le 21. Après la signature de la convention commerciale, le 22 novembre, elle quitte cette ville pour arriver à El-Oued le 11 décembre, en traversant le Grand Erg-Oriental par la voie classique des caravanes. Tandis que Louis Say participe en 1875-1876 au « voyage commercial et scientifique » conduit  par Victor Largneau, en vue de relier El-Oued à  Ghadamès  par Berressof ; deux autres français Lemail et Faucheux, les accompagnent. Partis de Biskra le 28 novembre 1875, ils passent à Touggourt le 1er décembre, El-Oued le 10, et atteignent leur but, Ghadamès le 5 janvier 1876.

 Ces raids, aux objectifs présumés commerciaux et destinés à détourner vers Alger une partie du trafic de la grande oasis Lybienne Ghadamès, via le Souf, préparaient en réalité la grande invasion de l'Afrique par le continent.